MWMS (Multidimensional Work Motivation Scale) : ce que l'instrument mesure et comment l'obtenir
Le Multidimensional Work Motivation Scale est l'instrument de référence pour mesurer la motivation au travail selon la théorie de l'autodétermination. Il vient questionner pourquoi une personne s’investit : par intérêt, par conviction, par pression intérieure, pour des récompenses, ou plus du tout. Il existe en français, et il est gratuit pour la recherche. Il n'est pas proposé en passation sur psytests.work : ses conditions d'usage l'interdisent sans accord écrit. Cette fiche décrit l'instrument, explique ce que ces conditions impliquent pour un praticien, et propose un modèle de demande d'autorisation.
L'instrument en bref
Nom | Multidimensional Work Motivation Scale (MWMS), échelle multidimensionnelle de motivation au travail |
Auteurs | Marylène Gagné, Jacques Forest, Maarten Vansteenkiste, Laurence Crevier-Braud, Anja Van den Broeck et coll. (2015) |
Structure | 19 items, 6 sous-échelles, de 3 à 4 items chacune |
Échelle | 7 points, de « pas du tout » à « complètement » |
Score | moyenne par sous-échelle ; regroupements possibles en motivation autonome et motivation contrôlée |
Repères | aucun seuil, aucune norme française diffusée |
Durée | environ 5 minutes |
Langues | version française d'origine (items créés simultanément en français, anglais et néerlandais), plus d'une vingtaine de traductions |
Statut | © Center for Self-Determination Theory. Gratuit pour la recherche non lucrative, accord écrit nécessaire pour tout usage professionnel et toute mise en ligne |
Obtenir l'instrument → voir la section « Obtenir le MWMS légalement », plus bas
D'où vient le MWMS
La théorie de l'autodétermination (Deci et Ryan) distingue des qualités de motivation, rangées le long d'un continuum d'internalisation. À une extrémité, l'absence de motivation. À l'autre, la motivation intrinsèque : faire quelque chose parce que c'est intéressant en soi. Entre les deux, trois formes de motivation extrinsèque, de la plus imposée à la plus intégrée.
Le premier questionnaire de travail fondé sur cette théorie est québécois et francophone : l'inventaire de Blais et coll. (1993). Ses problèmes de fidélité, puis ceux de ses successeurs (Tremblay et coll., 2009 ; Gagné et coll., 2010), ont conduit à construire le MWMS. Trois choix le distinguent :
- La consigne porte sur l'effort. Demander à quelqu'un pourquoi il fait ce travail produit presque toujours la même réponse : pour le salaire. Le MWMS interroge plutôt les raisons de s'investir dans son travail, ce qui rend visibles les contingences entre effort et récompense.
- Les motifs d'approche et d'évitement sont équilibrés. Chercher une récompense et éviter une sanction, se sentir fier et éviter la honte : les deux faces sont représentées.
- Les récompenses sociales et matérielles sont séparées. L'approbation des autres d'un côté, l'argent et la sécurité de l'emploi de l'autre.
Ce que mesure le MWMS
Six sous-échelles, du moins au plus autonome
- Amotivation (3 items) : ne plus voir de raison de s'investir, sentiment de perdre son temps.
- Régulation externe sociale (3 items) : s'investir pour l'approbation ou le respect des autres, ou pour éviter leurs critiques.
- Régulation externe matérielle (3 items) : s'investir pour une rétribution, la sécurité de l'emploi, ou pour ne pas perdre son poste.
- Régulation introjectée (4 items) : s'investir sous une pression intérieure, pour se prouver quelque chose ou éviter la honte et la culpabilité.
- Régulation identifiée (3 items) : s'investir parce que ce travail a de l'importance et du sens pour soi.
- Motivation intrinsèque (3 items) : s'investir parce que le travail est intéressant, stimulant, plaisant.
Ce qui en est dérivé
- Motivation autonome : régulation identifiée et motivation intrinsèque.
- Motivation contrôlée : régulation introjectée et régulation externe.
- L'amotivation reste à part.
Les auteurs recommandent de lire les sous-échelles séparément ou ces deux regroupements, ou encore des profils combinant plusieurs formes. Ils déconseillent l'indice d'autonomie relative, qui soustrait la motivation contrôlée de la motivation autonome : une différence de scores masque ce que fait chacune des deux composantes.
Propriétés psychométriques
Validation initiale (Gagné et coll., 2015). 3 435 travailleurs, sept langues, neuf pays. L'échantillon francophone compte 790 personnes au Canada, en France et au Sénégal. La structure en cinq facteurs, avec la régulation externe en facteur de second ordre (sociale et matérielle), s'ajuste correctement en français. Elle est invariante entre le français, l'anglais et le néerlandais, au niveau de la configuration, des saturations et des corrélations entre facteurs.
Consistance interne en français. Coefficients alpha de 0,74 à 0,88 selon la sous-échelle, la valeur la plus haute pour la motivation intrinsèque, les plus basses pour l'introjection et la régulation externe.
Validité. Les formes autonomes vont avec la satisfaction des besoins psychologiques, le soutien à l'autonomie du supérieur, la vitalité, l'engagement affectif et la performance, et à l'inverse avec l'épuisement émotionnel et l'intention de départ. La régulation externe est peu liée à ces variables. L'amotivation suit le schéma inverse de la motivation autonome. Dans l'échantillon français, la performance est davantage liée à la régulation identifiée qu'à la motivation intrinsèque : beaucoup de tâches ne sont pas intéressantes en elles-mêmes, et c'est leur sens qui soutient l'effort.
Le point faible : l'introjection. Elle est souvent liée positivement à des variables favorables, ce que la théorie ne prévoit pas. Une bonne partie de ces liens disparaît quand on contrôle la régulation identifiée, avec laquelle elle partage beaucoup de variance.
La révision de 2022
Trépanier, Peterson, Gagné, Fernet, Levesque-Côté et Howard ont réexaminé le MWMS sur cinq échantillons nord-américains, en français et en anglais. Leurs conclusions comptent pour la lecture des scores :
- Trois items posent problème : les deux items d'introjection orientés vers l'approche, qui se rapprochent de la motivation autonome, et un item de régulation identifiée. Les auteurs proposent de les retirer, ce qui ramène l'échelle à 16 items et l'introjection à sa seule composante d'évitement.
- La structure la plus juste compte quatre facteurs : motivation autonome, régulation introjectée, régulation externe, amotivation. Intrinsèque et identifiée ne se distinguent pas nettement une fois les saturations croisées prises en compte, et la régulation externe sociale et matérielle non plus.
En pratique : la version à 19 items reste la version publiée par le Center, mais le praticien gagne à lire l'introjection avec prudence et à privilégier le regroupement en motivation autonome plutôt que la distinction fine entre intrinsèque et identifiée.
Les repères de score, et pourquoi il n'y en a pas
Le MWMS n'a ni seuils ni normes diffusées. Ce n'est pas un oubli : il a été conçu pour la recherche, où l'on compare des groupes et des relations entre variables, pas pour situer une personne.
Un score se lit donc à l'intérieur du profil : quelles formes de motivation dominent, lesquelles sont absentes, comment elles se combinent. Un profil à la fois très autonome et très contrôlé ne raconte pas la même histoire qu'un profil autonome seul, même si leur score de motivation autonome est identique.
Ce que le MWMS ne mesure pas
Il ne mesure pas le niveau d'engagement. Une personne peut avoir une motivation de bonne qualité et peu d'énergie disponible. L'engagement et l'épuisement se mesurent avec d'autres outils.
Il ne mesure pas la régulation intégrée. Cette forme, la plus internalisée de la motivation extrinsèque, a été testée puis écartée : elle ne se distinguait pas statistiquement de l'identifiée et de l'intrinsèque.
Il ne mesure pas la motivation pour une tâche précise. Le MWMS porte sur le travail en général, pas sur une activité particulière.
Il ne dit pas d'où vient la motivation. Le soutien du supérieur, la conception du poste, la satisfaction des besoins sont des antécédents, mesurés à part.
Pourquoi le MWMS n'est pas en passation sur psytests.work
Le MWMS est diffusé gratuitement par le Center for Self-Determination Theory, mais sous une licence restrictive. Elle limite l'usage à la recherche non lucrative et exclut, sans accord écrit préalable :
- tout usage commercial ou lucratif, même indirect ;
- la distribution à des tiers ;
- la publication en ligne, sous quelque forme que ce soit.
Le Center revendique en outre la propriété des matériaux et de leurs modifications, traductions comprises.
Deux conséquences pour un praticien :
Faire passer le MWMS en bilan de compétences, en coaching ou en accompagnement rémunéré est un usage commercial au sens de cette licence. Le fait que le questionnaire soit gratuit ne change rien : la ligne de partage est la recherche d'un côté, tout le reste de l'autre.
Télécharger le PDF ne vaut pas autorisation. Le formulaire du site donne accès au document dès qu'on a accepté les conditions, y compris quand on déclare avoir besoin d'une licence commerciale. Aucune autre démarche n'est alors proposée. C'est le piège : l'accès est immédiat, l'autorisation, elle, reste à demander.
Le MWMS circule librement sur de nombreux sites. Sauf accord particulier, ces reprises ne sont pas autorisées, et elles n'exposent pas seulement le site : elles exposent le praticien qui s'en sert.
Obtenir le MWMS légalement
1. Télécharger la version officielle. Sur la page MWMS du Center for Self-Determination Theory, accepter les conditions et indiquer honnêtement votre situation. Si vous comptez l'utiliser avec des personnes que vous accompagnez contre rémunération, cochez l'option qui déclare un besoin de licence commerciale. Les conditions exigent de signaler toute affiliation commerciale.
2. Demander l'autorisation par écrit. Via le formulaire de contact du Center. Vous pouvez mettre en copie l'autrice principale, Marylène Gagné, aujourd'hui au Future of Work Institute de Curtin University. Un modèle de courriel figure ci-dessous.
3. Attendre la réponse avant tout usage professionnel. Conservez l'échange : c'est votre trace en cas de question.
Modèle de demande d'autorisation
Ce modèle est proposé par psytests.work pour faciliter vos démarches. psytests.work n'est pas affilié au Center for Self-Determination Theory et ne peut accorder aucune autorisation sur le MWMS. Adaptez les passages entre crochets, supprimez ceux qui ne vous concernent pas, et décrivez votre usage tel qu'il est réellement.
Contextes d'usage, une fois l'autorisation obtenue
Indiqué
Bilan de compétences ou accompagnement d'une reconversion. Comprendre pourquoi une personne s'investit, ou ne s'investit plus, éclaire souvent mieux la suite que la liste de ce qu'elle aime faire.
Désengagement, perte de sens, épuisement en devenir. Un profil où l'introjection et la régulation externe tiennent seules l'effort, sans motivation autonome, est une piste à explorer.
Préparation d'un échange sur le management ou l'organisation du travail. Le MWMS donne un vocabulaire précis pour distinguer « je le fais parce que ça compte pour moi » de « je le fais parce que je n'ai pas le choix ».
Peu indiqué
Sélection ou recrutement. Pas de normes, des réponses faciles à orienter, et un instrument qui n'a pas été conçu pour comparer des candidats.
Évaluation individuelle à enjeu. Aucun seuil ne permet de dire qu'une motivation est « insuffisante ».
Lecture fine de l'introjection seule. Ses liens avec les autres variables sont instables, et deux de ses quatre items sont discutés.
Alternatives disponibles sur psytests.work
Motivation - Pourquoi ce travail, pour explorer les raisons de son investissement sans instrument sous licence.
WAMI - Sens au travail, pour la question du sens du travail, voisine de la régulation identifiée.
MWQ30 - Sens au travail, pour approfondir le sens du travail.
Questions fréquentes
Le MWMS existe-t-il en français ?
Oui. Le français fait partie des trois langues dans lesquelles les items ont été créés, avec l'anglais et le néerlandais. La version française a été validée sur 790 personnes au Canada, en France et au Sénégal, puis réexaminée en 2022 sur des échantillons québécois.
Le MWMS est-il gratuit ?
Il est gratuit pour la recherche non lucrative. Pour tout autre usage, y compris en accompagnement individuel rémunéré, il faut un accord écrit du Center for Self-Determination Theory, qui peut fixer ses conditions.
Peut-on faire passer le MWMS en bilan de compétences ?
Pas sans autorisation écrite. Le bilan de compétences est un service rémunéré : il relève de l'usage commercial au sens de la licence, même si le questionnaire ne coûte rien.
Pourquoi le MWMS se trouve-t-il sur d'autres sites ?
Ses items sont publiés dans l'article de validation, et beaucoup de sites les reprennent. Sauf accord particulier, ces reprises ne sont pas autorisées par la licence du Center.
Quelle différence entre le MWMS et l'inventaire de Blais ?
L'inventaire de Blais (1993) est le premier questionnaire de motivation au travail fondé sur la théorie de l'autodétermination, en français. Le MWMS en est un successeur, construit pour corriger ses problèmes de fidélité et de validité.
Faut-il utiliser 19 ou 16 items ?
La version publiée par le Center compte 19 items. La révision de 2022 propose d'en retirer trois. Le plus prudent est d'administrer la version officielle, puis de lire l'introjection avec réserve et de privilégier le score de motivation autonome.
Obtenir l'instrument → page MWMS du Center for Self-Determination Theory
Références
Blais, M. R., Brière, N. M., Lachance, L., Riddle, A. S., & Vallerand, R. J. (1993). L'inventaire des motivations au travail de Blais. Revue québécoise de psychologie, 14, 185-215.
Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The "what" and "why" of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11, 227-268.
Gagné, M., & Deci, E. L. (2005). Self-determination theory and work motivation. Journal of Organizational Behavior, 26, 331-362.
Gagné, M., Forest, J., Gilbert, M.-H., Aubé, C., Morin, E., & Malorni, A. (2010). The Motivation at Work Scale: Validation evidence in two languages. Educational and Psychological Measurement, 70, 628-646.
Gagné, M., Forest, J., Vansteenkiste, M., Crevier-Braud, L., Van den Broeck, A., Aspeli, A. K., … Westbye, C. (2015). The Multidimensional Work Motivation Scale: Validation evidence in seven languages and nine countries. European Journal of Work and Organizational Psychology, 24(2), 178-196. https://doi.org/10.1080/1359432X.2013.877892
Trépanier, S.-G., Peterson, C., Gagné, M., Fernet, C., Levesque-Côté, J., & Howard, J. L. (2023). Revisiting the Multidimensional Work Motivation Scale (MWMS). European Journal of Work and Organizational Psychology, 32(2), 157-172. https://doi.org/10.1080/1359432X.2022.2116315
Instrument © Center for Self-Determination Theory. Aucun item n'est reproduit sur cette page.