Le Burnout Assessment Tool est un questionnaire de burn-out développé à la KU Leuven et à l'université d'Utrecht, publié en 2020. Il a été conçu pour combler une limite précise du Maslach Burnout Inventory : produire un score global de burn-out qui ait un sens, et disposer de seuils établis contre un diagnostic posé par un professionnel plutôt que contre le questionnaire lui-même. Cette fiche décrit ce que l'instrument mesure, ce qu'il ne mesure pas, l'état réel de sa version française, et propose des formulations de restitution.
L'instrument en bref
Nom | Burnout Assessment Tool, version longue |
Auteurs | Schaufeli, Desart et De Witte (2020) |
Structure | 23 items, 4 composantes |
Échelle | 5 points, de Jamais à Toujours |
Score | moyenne par item, de 1 à 5, par composante et au total |
Repères | seuils cliniques issus d'analyses ROC (Schaufeli et al., 2023) |
Durée | environ 5 minutes |
Statut | instrument non propriétaire, librement utilisable, sans demande d'autorisation, à condition de ne pas le modifier et de le citer |
D'où vient le BAT
Le BAT ne prolonge pas le MBI, il en corrige une difficulté de conception. Le MBI est issu d'une démarche inductive : ses trois dimensions ont émergé d'analyses factorielles, et ses auteurs déconseillent d'en combiner les scores. Conséquence pratique, le MBI ne permet pas d'évaluer le burn-out comme état d'ensemble, ce qui pose problème dès qu'un pays le reconnaît comme maladie professionnelle et qu'il faut donc l'objectiver.
Le BAT part de l'autre bout. Il s'appuie sur le cadre conceptuel de Schaufeli et Taris, qui reprennent l'intuition d'Edward Thorndike sur la fatigue : le fond du phénomène est l'intolérance à l'effort. Le burn-out y est décrit comme la combinaison d'une incapacité et d'une réticence à fournir l'effort que le travail demande. L'incapacité se manifeste par la perte d'énergie, la réticence par le retrait et la perte d'intérêt. Les deux sont indissociables : ce sont les versants énergétique et motivationnel d'un même état.
Deux différences en découlent. Le BAT ajoute deux composantes absentes du MBI, l'altération cognitive et l'altération émotionnelle, au motif que le manque d'énergie atteint aussi la régulation des pensées et des émotions. Et il retire l'efficacité professionnelle, considérée comme une conséquence du burn-out plutôt qu'un de ses éléments constitutifs.
Pour situer le burn-out parmi les autres formes de souffrance au travail, voir la fiche Souffrance au travail.
Ce que mesure le BAT
Épuisement, 8 items
Perte d'énergie sévère, dans ses deux versants physique et mental. Ce n'est pas la fatigue d'une journée dense : les items portent sur la difficulté à récupérer, sur l'effort que demande ce qui n'en demandait pas, sur l'état au réveil. C'est la composante la plus discriminante de l'instrument.
Distance mentale, 5 items
Retrait psychologique vis-à-vis du travail : réticence, aversion, indifférence, fonctionnement en pilote automatique. Dans le modèle, cette distance est un mécanisme d'adaptation à l'épuisement, mais un mécanisme inefficace, qui aggrave la fatigue au lieu de la soulager.
Altération cognitive, 5 items
Difficultés d'attention, de concentration, de mémoire, erreurs par distraction. La recherche montre que ces atteintes persistent au-delà de l'amélioration clinique, jusqu'à deux ans après.
Altération émotionnelle, 5 items
Réactions émotionnelles intenses ou disproportionnées, irritabilité, sentiment de ne plus se reconnaître dans ses propres réactions.
Propriétés psychométriques
Les valeurs ci-dessous proviennent de l'échantillon agrégé de Schaufeli et al. (2023), composé de salariés représentatifs des Pays-Bas, de Flandre et de Finlande, sans antécédent de traitement pour burn-out sur cinq ans (N = 4 145).
Consistance interne. Alpha de Cronbach de 0,90 à 0,92 selon la composante, et 0,96 pour le score total. Ces valeurs dépassent le seuil de 0,90 habituellement exigé pour un usage individuel, ce qui n'est pas le cas de toutes les composantes de la version courte.
Structure. Une analyse de Rasch établit que le BAT satisfait les critères d'unidimensionnalité. C'est la justification technique du score global : les quatre composantes renvoient à une condition sous-jacente commune, ce qui autorise leur combinaison. C'est précisément ce que le MBI ne permet pas.
Invariance de mesure. Établie sur sept échantillons nationaux représentatifs, puis revérifiée sur les trois pays de l'étude de seuils.
Capacité discriminante. Aire sous la courbe ROC sur l'échantillon agrégé : 0,91 pour le score total, 0,92 pour l'épuisement, 0,89 pour l'altération cognitive, 0,85 pour l'altération émotionnelle, et 0,76 pour la distance mentale. Ce dernier chiffre est le point faible connu de l'instrument, et il a une conséquence directe sur la lecture des résultats, détaillée ci-dessous.
Les repères de score, et ce qu'ils ne disent pas
Les seuils du BAT ont une particularité qui les distingue de la plupart des instruments du domaine : ils ne sont pas des percentiles. Ils sont issus d'analyses ROC comparant des salariés sains à des salariés ayant reçu un diagnostic de burn-out posé par un professionnel au terme d'un entretien, aux Pays-Bas, en Belgique et en Finlande (N = 542 pour le groupe diagnostiqué). L'instrument est donc calibré contre un critère extérieur à lui-même, ce que la littérature reprochait aux tentatives antérieures menées avec le MBI.
Valeurs agrégées, en moyenne par item sur une échelle de 1 à 5 :
Composante | Premier seuil | Second seuil |
Épuisement | 3,06 | 3,31 |
Distance mentale | 2,10 | 3,30 |
Altération cognitive | 2,70 | 3,10 |
Altération émotionnelle | 2,30 | 2,90 |
Score total | 2,59 | 3,02 |
BAT-12, score total | 2,54 | 2,96 |
Le premier seuil identifie les personnes chez qui le risque devient probable ; il est calibré pour la sensibilité, donc pour ne manquer personne. Le second identifie les situations sévères ; il est calibré pour la spécificité, avec une probabilité de faux positif d'environ 10 %, ce qui le rend utilisable pour orienter vers une prise en charge.
Trois réserves à tenir en tête.
La première porte sur la distance mentale. La sensibilité de son second seuil est de 0,30 sur l'échantillon agrégé, c'est-à-dire en dessous du hasard. Concrètement, une personne réellement en retrait profond a sept chances sur dix de ne pas être repérée par ce seuil. Les auteurs recommandent explicitement de l'utiliser avec prudence. En restitution, cette composante se lit, mais aucune conclusion ne s'appuie sur elle seule.
La deuxième porte sur la population de référence. Les seuils viennent de trois pays d'Europe du Nord. Les auteurs indiquent qu'ils peuvent être appliqués à titre provisoire dans des pays comparables, en attendant des réplications. Aucune réplication française n'existe à ce jour.
La troisième est la plus importante. Ces seuils sont des repères statistiques : ils situent une position par rapport à des échantillons nommés. Ils ne tracent pas une frontière entre santé et maladie, et le BAT ne pose pas de diagnostic. Les auteurs eux-mêmes précisent qu'une évaluation complète du burn-out exige un entretien anamnestique. Le questionnaire documente une position, l'entretien fait le reste.
Versions et traductions officielles
La famille BAT compte plusieurs formes.
- BAT-23, les symptômes centraux, celle décrite ici et celle déployée dans le catalogue.
- BAT-12, version courte obtenue par analyse de Rasch et analyse de contenu. Sa capacité discriminante est équivalente à celle de la version longue, ce qui en fait l'option de dépistage. Ses consistances internes par composante restent en revanche sous le seuil requis pour un usage individuel.
- BAT-4, version ultra-courte, publiée en 2024.
- Des versions étudiantes et une version générale, non spécifique au travail.
- Une échelle de symptômes secondaires, dix items sur les plaintes psychologiques et psychosomatiques, qui se combine au BAT-23 dans certaines études.
Statut de la version française. Une version française officielle est diffusée gratuitement sur le site de l'instrument, en variantes France et Belgique. La variante France a été établie avec le concours du Dr Ilona Boniwell. C'est la version reprise dans l'outil du catalogue, mot pour mot : le BAT interdit la modification de ses items, ce qui exclut toute retraduction, même de bonne qualité.
En revanche, la liste des versions nationales tenue par les auteurs ne comporte aucune étude de validation psychométrique française ou francophone. Elle recense l'arabe, le brésilien, le chilien, le coréen, le croate, l'équatorien, l'espagnol, le finnois, le grec, l'islandais, l'italien, le japonais, le lituanien, le norvégien, le persan, le polonais, le portugais, le roumain, le sud-africain, le thaï et le turc. Il existe des travaux français utilisant l'instrument, notamment auprès de sapeurs-pompiers, mais ce sont des études d'usage et non des validations.
Ce que cela implique en pratique : la traduction est officielle, la structure factorielle française n'est pas documentée, et les seuils appliqués sont ceux de l'échantillon nord-européen. C'est une situation courante et acceptable en accompagnement individuel, à condition de ne pas la taire en restitution.
Ce que le BAT ne mesure pas
Il ne mesure pas la dépression. Le recouvrement entre burn-out et dépression est un objet de recherche actif et non résolu. Un score élevé au BAT n'exclut pas un épisode dépressif, ne l'établit pas, et ne dispense pas d'une orientation médicale quand les éléments cliniques le justifient.
Il ne mesure pas les causes. Le BAT décrit un état. Il ne dit rien de la charge de travail, du soutien du collectif, de l'autonomie, de la reconnaissance ou des rapports sociaux qui ont pu y conduire. Un instrument centré sur les déterminants organisationnels est nécessaire pour cette partie.
Il ne mesure pas l'efficacité professionnelle, retirée du modèle à dessein. Une personne peut avoir un score total élevé et continuer à bien travailler, souvent au prix d'un effort qui n'apparaît nulle part.
Il ne mesure pas l'ennui au travail. Une distance mentale élevée accompagnée d'un épuisement bas ne décrit pas un burn-out : elle oriente vers un tout autre état.
Contextes de passation
Indiqué
Première consultation en souffrance au travail. Le BAT donne une structure au récit. La personne arrive avec « je n'en peux plus » ; elle repart avec quatre positions distinctes, dont certaines la surprennent souvent.
Suivi longitudinal. C'est l'usage le plus solide. Une repassation à six ou huit semaines, puis à trois mois, rend visible ce qui bouge et ce qui ne bouge pas. L'altération cognitive et l'épuisement ne se réparent pas au même rythme, et cette asymétrie se voit.
Reprise après arrêt. Documenter l'état à la reprise, puis à quelques semaines, donne un appui concret à la discussion sur l'aménagement.
Accompagnement de transition ou bilan de compétences, quand le motif affiché est la réorientation mais que l'entretien laisse apparaître un épuisement. La question « est-ce un projet ou une fuite » n'est pas tranchable au questionnaire, mais elle se pose mieux quand l'état est mesuré.
Peu indiqué
Dépistage collectif imposé. Le BAT-12 est l'outil prévu pour cet usage, et à deux conditions posées par les auteurs : les scores individuels restent privés et ne sont communiqués qu'au participant, seules les données agrégées remontent à l'organisation.
Toute décision administrative ou managériale. Aptitude, reclassement, arbitrage RH. L'instrument n'est pas construit pour ça et son second seuil comporte environ 10 % de faux positifs.
Expertise médico-légale. Un questionnaire auto-rapporté ne fait pas preuve.
Passation isolée sans restitution. Un score envoyé sans accompagnement produit soit une inquiétude sans issue, soit une fausse réassurance.
Formuler la restitution
Quelques formulations utilisables telles quelles, construites pour situer sans étiqueter.
Poser le cadre avant d'annoncer. « Ce questionnaire ne pose pas de diagnostic. Il situe vos réponses par rapport à des salariés néerlandais, flamands et finlandais, dont une partie avait reçu un diagnostic de burn-out. C'est un repère de position, pas un verdict. »
Annoncer une position sous le premier seuil. « Votre score total reste en dessous du premier repère. Cela ne veut pas dire que rien ne pèse, et ce n'est pas ce que vous m'avez décrit tout à l'heure. Cela veut dire que l'ensemble de vos réponses reste en deçà du point où, dans ces échantillons, le risque devient probable. »
Annoncer une position entre les deux seuils. « Vous êtes entre les deux repères. C'est la position qui demande le plus d'attention, parce que c'est celle où quelque chose est installé sans être encore installé profondément. C'est aussi celle où ce qu'on met en place a le plus d'effet. »
Annoncer une position au-delà du second seuil. « Votre score dépasse le second repère. Dans les échantillons de référence, ce niveau correspond majoritairement à des personnes qui avaient reçu un diagnostic de burn-out d'un professionnel. Je ne vous dis pas que vous avez un burn-out, je vous dis que vos réponses ressemblent beaucoup aux leurs, et que ça mérite un avis médical. »
Travailler un profil dissocié. « Votre épuisement passe le second repère, et votre distance mentale reste sous le premier. C'est un décalage fréquent et il dit quelque chose : quelqu'un qui tient à son travail et qui n'a plus l'énergie de le faire. Ce n'est pas la même situation que quelqu'un qui s'est déjà détaché. »
Nuancer sur la distance mentale. « Sur cette composante, l'instrument est le moins fiable. On peut regarder votre position, mais je ne bâtirai rien sur elle seule. »
Aborder l'altération cognitive. « C'est souvent la composante qui inquiète le plus, parce qu'elle se voit dans le travail et qu'on l'interprète comme une baisse de ses capacités. Ce n'en est pas une. Elle suit la charge, et elle redescend quand la charge redescend, avec un décalage. »
Ouvrir la repassation. « Je vous propose qu'on refasse cette passation dans six semaines. Ce qui m'intéressera, ce n'est pas le score, c'est de voir laquelle des quatre composantes aura bougé en premier. »
Combiner avec d'autres outils
UWES-9 pour l'autre versant. Le BAT décrit ce qui manque, l'UWES ce qui reste. Un épuisement élevé avec un engagement préservé ne se restitue pas comme un épuisement élevé avec un engagement effondré, et les deux existent.
CBI quand la fatigue déborde du travail. Le Copenhagen Burnout Inventory sépare le burn-out personnel, professionnel et lié aux bénéficiaires. Utile quand la personne attribue tout à son emploi alors que le récit fait apparaître autre chose, ou l'inverse.
WBOS pour le diagnostic différentiel. Une distance mentale haute avec un épuisement bas oriente vers l'ennui au travail. Confondre les deux conduit à recommander du repos à quelqu'un qui souffre de n'avoir rien à faire.
HSE-MSIT pour passer de l'état aux déterminants. Le BAT mesure où en est la personne, le MSIT documente ce à quoi elle est exposée. C'est l'enchaînement le plus naturel en deuxième séance.
DUWAS-10 pour l'amont. Le workaholisme est un antécédent fréquent, et il ne se voit pas dans le BAT.
Questions fréquentes
Le BAT pose-t-il un diagnostic de burn-out ?
Quelle est la différence entre le BAT et le MBI ?
Existe-t-il une version française validée du BAT ?
Combien de temps prend la passation ?
Peut-on utiliser le BAT dans une enquête d'entreprise ?
Le BAT est-il payant ?
Pourquoi les seuils de la distance mentale demandent-ils de la prudence ?
Références
Hadžibajramović, E., Schaufeli, W., & De Witte, H. (2020). A Rasch analysis of the Burnout Assessment Tool (BAT). PLoS ONE, 15(11), e0242241.
Hadžibajramović, E., Schaufeli, W., & De Witte, H. (2022). Shortening of the Burnout Assessment Tool (BAT), from 23 to 12 items using content and Rasch analysis. BMC Public Health, 22, 560.
de Beer, L. T., Schaufeli, W. B., De Witte, H., Hakanen, J. J., Shimazu, A., Glaser, J., Seubert, C., Bosak, J., Sinval, J., & Rudnev, M. (2020). Measurement invariance of the Burnout Assessment Tool (BAT) across seven cross-national representative samples. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(15), 4604.
Schaufeli, W. B., Desart, S., & De Witte, H. (2020). Burnout Assessment Tool (BAT), development, validity and reliability. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(24), 9495.
Schaufeli, W. B., De Witte, H., Hakanen, J. J., Kaltiainen, J., & Kok, R. (2023). How to assess severe burnout? Cutoff points for the Burnout Assessment Tool (BAT) based on three European samples. Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, 49(4), 293 à 302.
Schaufeli, W. B., & Taris, T. W. (2005). The conceptualization and measurement of burnout, common ground and worlds apart. Work & Stress, 19, 256 à 262.
Version française officielle diffusée sur burnoutassessmenttool.be, variante France établie avec le concours du Dr Ilona Boniwell.